Agriculture régénératrice des sols : pourquoi Ecosia a décidé de soutenir la ferme de Claire et Gaëlle en Normandie

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L’exploitation intensive des terres par l’agriculture industrielle et le déclin de la biodiversité dû à l’utilisation de pesticides en Europe nous a poussé à agir. En partenariat avec Richard Perkins, Ecosia a donc décidé de lancer le premier concours d’agriculture régénératrice des sols.

L’objectif ? Soutenir des fermes qui restaurent les écosystèmes en appliquant des techniques d’agroécologie et de permaculture.

Claire et Gaëlle, deux jeunes femmes engagées dans la transition agricole, ont gagné ce premier concours. Elles reçoivent, sous forme de prêt, un soutien financier de 50 000 € qui facilitera le lancement de leur projet. Le remboursement de ce prêt permettra de soutenir d’autres acteurs engagés dans la protection des terres dans les années à venir.

Nous sommes très heureux de partager avec vous une interview exclusive de Claire et Gaëlle.

N’hésitez pas à les suivre sur instagram pour avoir régulièrement de leurs nouvelles.

Ecosia espère que cette première aventure donnera envie à beaucoup d’autres personnes de s’engager pour préserver la biodiversité et restaurer la richesse de nos sols. En utilisant Ecosia, vous permettez non seulement de planter des millions d’arbres, mais aussi de soutenir des personnes comme Claire et Gaëlle qui souhaitent montrer qu’un autre chemin est possible.

Farm-Pic-GonneGirls-Ecosia

Bonjour Claire et Gaëlle. Pourriez-vous vous présenter en quelques phrases et nous expliquer votre projet ?

Claire : Je suis d’origine sud-africaine et française. Je suis mariée à un français. J’ai travaillé dans pleins de choses, notamment la stratégie de marque et le digital. J’ai travaillé pour des grandes entreprises comme Danone et je vis en France depuis une dizaine d’années.

Gaëlle : Je suis d’origine normande. J’ai travaillé dans l’impact investing. Ça faisait 10 ans que je travaillais pour un gestionnaire d’actif suisse qui investissait dans la microfinance, l’énergie renouvelable et l’agriculture durable dans les pays émergents. J’ai voulu faire un projet plus local, plus porteur de sens et plus proche de mes valeurs. Les parents de Xavier, le mari de Claire, sont propriétaires d’une ferme en Normandie qui était exploitée depuis une trentaine d’années. L’exploitant est décédé il y a 3 ans et la ferme a donc été mise en vente. On s’est donc dit qu’on allait racheter la ferme.

Il y a trois piliers dans notre projet. L’activité agricole en bio (maraîchage et poules pondeuses), une activité de gîte et d’hébergement pour accueillir des personnes le week-end ou pour des formations par exemple et puis la formation et le conseil. On aimerait se spécialiser dans la régénération des sols en particulier : comment partir d’une ferme dégradée, exploitée en conventionnel pendant des années, et appliquer des méthodes agro-sylvo-pastorale pour démontrer qu’on peut régénérer les sols tout en ayant une activité économique rentable.

On est affilié au réseau SAVORY qui a pour vocation de régénérer 1 milliard d’hectares d’ici 2025. C’est hyper ambitieux. On veut former les gens à ces méthodes-là.

Ecosia-Parcelles-Degrades-GonneGirlsUne des parcelles que Claire et Gaëlle vont restaurer.

Pourquoi régénérer les sols est-ce si important ? Pourquoi ne pas s’attaquer à d’autres problématiques environnementales ?

Gaëlle : Les sols pour nous c’est un réservoir de biodiversité énorme. C’est ce qu’on a découvert un peu tardivement et on remarque que peu de gens le savent. Quand on était en stage chez Richard Perkins, on a découvert qu’il y avait tout un monde qui vivait sous nos pieds. Cette biodiversité est en train de s’éteindre parce que les pratiques que l’on utilise ne sont pas durables. Le sol est aussi un énorme réservoir de carbone. L’agriculture conventionnelle est une problématique mais en utilisant différentes méthodes, elle peut aussi être une solution.

Il y a aussi une dimension sociale très forte. On a envie d’être proche de notre communauté, de produire une nourriture saine, de recréer un contact avec une nourriture vivante, savoureuse et riche. On veut lier ça à la régénération des terres. On part d’un sol tout plat, qui est nu et assez triste. Ça nous parait important de rétablir la biodiversité et ça passe aussi par la plantation d’arbre, l’application de technique de maraîchage durable, l’installation d’un étang pour ramener l’eau. Et ensuite on aimerait partager cela avec le plus grand nombre de personne possible.

Abandonner les sols n’est pas la solution. C’est fondamental de les entretenir pour ne pas perdre la connection avec cette nature qui veut nous faire du bien. On a l’impression de pouvoir contribuer à notre petite échelle.

IMG_5289Claire en train de planifier les étapes du projet

C’est un grand changement que vous avez décidé de vivre. Comment a réagi votre entourage face à votre décision ?

Claire : Pour moi, mon mari savait qu’un jour j’allais rentrer à la maison pour lui proposer quelque chose un peu fou. Il a peut-être plutôt pensé à un hôtel ou à un déménagement à l’étranger. Alors au début il croyait que c’était une blague et que j’allais vite changer d’avis. Mais après quelques mois, quand je lui ai annoncé que j’allais le faire avec Gaëlle, il a pris conscience que c’était un vrai projet. J’ai la chance d’avoir un mari qui fait tout pour que ça arrive, une fois que je me suis mise une idée en tête.

Pour la famille de Xavier c’était difficile. L’histoire de la famille était plutôt de sortir de ces terres. C’était pas du tout dans les plans de retourner à la terre. Deux femmes aussi c’était difficile à comprendre.

Ma famille a une autre vision des agriculteurs, ce sont des personnes riches. Elle était donc plus enthousiaste.

Gaëlle : Un peu comme Claire, mon conjoint m’a soutenu dès le début. Dès qu’on avait un doute il disait « Allez les filles, ça va marcher ! ». Ma famille était terrifiée. Mes grands-parents sont agriculteurs et mon père a voulu quitter la ferme très tôt pour devenir médecin. Il voulait qu’on fasse des études pour avoir une autre vie. C’était compliqué pour lui. Les amis se sont bien marrés, ils croyaient que c’était une grosse blague. Ils disaient : « Mais qu’est-ce que vous allez faire dans un village, vous allez être pauvres, moches, célibataires. Vous allez avoir des mains comme des boudins ». Que des blagues. Peut-être que ça va se réaliser (sourire).

IMG_1502Claire sous la serre

D’une certaine façon vous essayez de changer l’image que l’on peut avoir de ceux qui travaillent la terre…

On a vu Richard en Suède et ça a vraiment changé notre vision de concevoir ce projet. On s’est dit que ce sont des entrepreneurs qui le font et que ça marche parce qu’ils s’y prennent différemment. Il y a une réflexion sur l’efficacité. Au-delà de la production, il y a une réflexion sur le temps, l’effort, le travail pour faire en sorte d’avoir une vie agréable et pas trop pénible. Il nous a fait prendre le problème dans l’autre sens.

La plupart des agriculteurs font les choses comme on leur a appris, sans vraiment les remettre en question et ils regardent à la fin du mois combien il leur reste pour vivre. Le design en permaculture vous apprend à faire les choses dans l’autres sens. Vous commencez en disant « Qu’est-ce que vous voulez dans votre vie, quelle est le rythme de vie que vous voulez, combien voulez-vous gagner ? » et on va ganiser le projet en fonction de ça. On n’est pas obligé de subir. On peut décider de faire les choses autrement. Il y a des outils, une organisation du travail qui permet vraiment de réduire la pénibilité du travail.

Claire-gardeningGaëlle utilise la Grelinette pour aérer la terre

C’est ça l’apprentissage clé de la formation avec Richard Perkins ?

Claire : Oui, c’est clair. C’est la façon de penser ton projet et d’avoir confiance dans les choix que tu fais. Ensuite, tu cherches les solutions. C’était vraiment intéressant.

Gaëlle : Dans cette formation on n’était plus des gens bizarres. On était des entrepreneuses normales avec un projet et on réfléchissait à comment le mettre en place. C’est super agréable. En France, on nous parlait que d’obstacles, de problèmes. On a eu beaucoup de gens qui malgré eux nous ont découragés. Claire elle dit toujours « En France les gens ils disent ah ben oui MAIS... ». Les gens qui nous disaient « c’est vraiment génial », il y en avait peu. Richard nous a donné le sentiment que le projet n’était pas fou. Il nous donnait les étapes pour y arriver. C’était très inspirant et réconfortant.

IMG_1030Claire et Gaëlle se donnent la permission de réaliser leur rêve

Quel est le message que vous voulez porter avec ce projet ? Si quelqu’un a envie de faire comme vous ?

Claire : La première chose est de donner la permission à d’autres personnes de rêver. On a plein d’exemples autour de nous. Des amis nous disent « Si vous vous arrivez à monter une ferme, moi je vais faire ce truc que j’ai pas osé faire depuis deux ans ». Inspirer pour donner un peu de contrôle sur nos vies du quotidien. Si tu as un rêve, tu peux le faire. Avec beaucoup de sueur et de larmes, mais tu peux le faire. Et avec un bon partenaire, un associé, c’est hyper important.

La deuxième chose c’est que l’agriculture en France c’est spécifique, ce n’est pas facile. Si on peut aider et montrer comment faire, ce sera avec plaisir. On a tous besoin d’exemples qui montrent par où commencer, surtout quand ça sort un peu du cadre conventionnel. Le cadre en France est très fermé.

Gaëlle : Je pense qu’on peut s’autoriser à rêver mais il faut de la préparation. On ne peut pas se lancer n’importe comment. Il y a beaucoup de gens qui se sont un peu plantés dans le maraîchage par exemple. Il n’y a pas tant de gens qui réussissent. On se dit que c’est facile. On plante des graines et puis ça pousse. Ce n’est pas si facile que ça. Ça demande un vrai temps de préparation et de formation. On aimerait bien pouvoir aider les gens qui sont prêts à traverser ce qu’on a traversé pour montrer comment faire. C’est du travail et ça se réfléchit comme une entreprise classique.

Claire : Le mot permaculture a une connotation un peu « hippie solitaire et pauvre » Tout le monde fait un peu de permaculture. Mais en France cette notion n’est pas jumelée avec efficacité. C’est ça que Richard nous a donné. Tu peux être permaculteur et rentable, efficace à la fois. Si on peut ajouter cette dimension en plus dans nos communications ce sera vraiment intéressant.